Remplacer Slack par Matrix : cas concret de messagerie souveraine
Une petite structure peut-elle reprendre la main sur sa messagerie d'équipe sans compliquer le travail de ses équipes ? Voici un scénario chiffré sur trois ans.

Une PME de 20 personnes règle chaque mois l’abonnement de sa messagerie d’équipe et la facture ne baisse jamais. Les échanges, les fichiers et l’historique des projets sont hébergés chez un éditeur américain dont les tarifs et les conditions changent sans qu’elle ait son mot à dire. Ce scénario illustratif chiffre ce que change, sur trois ans, une messagerie hébergée sous le contrôle de l’entreprise : le budget, les données et le quotidien des équipes. Il indique aussi dans quels cas il vaut mieux ne pas bouger.
Sommaire :
Le point de départ : une messagerie indispensable, une facture qui grossit
Imaginons une PME de 20 personnes, en partie au bureau, en partie à distance. Ses échanges passent par une messagerie d’équipe : un canal par projet, des fichiers partagés, des discussions rapides avec les clients et les sous-traitants. Dans ce scénario, l’abonnement Slack Pro est facturé 8,25 € par utilisateur et par mois. Cela fait 165 € par mois, soit 1 980 € par an.
Les symptômes sont discrets. La facture suit les embauches sans jamais baisser. Personne ne sait quelles données restent stockées chez l’éditeur, ni ce qu’il en coûterait de changer d’outil. Quand un salarié part, l’historique de ses échanges reste dans un service dont le dirigeant ne contrôle ni les conditions ni les tarifs.
Le cas de Teams est voisin. Il est présenté comme « inclus » dans Microsoft 365, mais selon la formule, sa licence peut s’ajouter à la suite bureautique. Microsoft affiche par exemple Teams Essentials à 3,50 € HT par utilisateur et par mois, en paiement annuel. Pour 20 personnes, cela représente 840 € HT par an.
Ce que le calcul et l’analyse révèlent
J’ai regardé trois points, un par un : le coût cumulé, le cadre juridique des données et la compatibilité avec les partenaires. Chacun pèse directement sur la décision.
Un abonnement qui devient un engagement de trois ans
Sur 36 mois, 20 personnes à 8,25 € représentent 5 940 €, soit 297 € par salarié. Chaque embauche ajoute 297 € sur la période, sans économie d’échelle. Le montant mensuel est trop faible pour être discuté en comité de direction et c’est pour cela qu’il n’est presque jamais remis en question.
Des échanges soumis à un droit étranger
Slack et Teams appartiennent à des groupes américains. Le Cloud Act américain permet aux autorités des États-Unis de demander à un fournisseur américain l’accès aux données qu’il contrôle, même lorsqu’elles sont hébergées en Europe. Les contrats prévoient des centres de données européens, mais la maîtrise juridique reste chez l’éditeur. Pour une PME, cela signifie que des devis, des conditions commerciales et des échanges RH circulent dans un outil dont elle ne décide ni de l’accès ni de la conservation.
Des partenaires qui n’utilisent pas le même outil
L’objection arrive vite : les clients et les sous-traitants n’abandonneront pas leur propre outil. Element, l’application utilisée avec Matrix, fonctionne dans un navigateur web, sans installation. Un interlocuteur externe peut rejoindre une conversation ou un appel vidéo et partager son écran depuis son navigateur, quelle que soit la solution qu’il utilise chez lui et sans frais supplémentaire. Ce point dépend de la configuration des appels vidéo, il se teste donc avant la bascule. S’il est négligé, les équipes reviennent à l’email ou à un autre outil et l’économie disparaît.
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Une alternative auto-hébergée pour la messagerie d’équipe
Matrix est un protocole de messagerie ouvert, sans licence par utilisateur. Element est une des applications qui l’utilise, disponible dans un navigateur, sur mobile et sur poste de travail. Elle propose les discussions par salons, le partage de fichiers et les appels vidéo. Le serveur est hébergé en France ou en Europe, par l’entreprise ou par un prestataire.
Une migration en cinq étapes
- Inventaire des canaux réellement utilisés, des fonctions employées et des outils connectés à la messagerie.
- Mise en place du serveur européen, des sauvegardes et des accès pour les partenaires externes.
- Pilote de deux semaines avec une équipe de quatre à cinq personnes.
- Bascule équipe par équipe, avec une période de coexistence et un export archivé de l’historique.
- Résiliation de l’abonnement à son échéance annuelle.
Une exploitation quasi autonome
Une fois le service en place, la PME n’a plus besoin d’un administrateur à temps plein. Les composants peuvent se mettre à jour seuls, selon un calendrier choisi. Chaque mise à jour provoque une brève interruption, programmée la nuit. La création des comptes, la désactivation lors d’un départ et la gestion des salons se font depuis une console d’administration web, sans ligne de commande. Je documente l’ensemble et je forme une personne référente, pour que l’équipe garde la main sans dépendre d’un prestataire.
Le calcul sur trois ans
| Poste | Slack Pro | Matrix et Element |
|---|---|---|
| Abonnement ou hébergement | 1 980 € par an | 300 € par an (serveur européen et sauvegardes) |
| Nom de domaine | inclus | 15 € par an |
| Mise en place et formation | 0 € | 2 500 € (une fois) |
| Suivi annuel (contrôle des sauvegardes) | inclus | 300 € par an |
| Total sur 3 ans | 5 940 € | 4 345 € |
L’écart est de 1 595 €, soit environ 27 % du budget Slack. Les dépenses récurrentes passent de 1 980 € à 615 € par an. La mise en place est amortie en 22 mois environ. Ces montants sont des hypothèses de scénario, à remplacer par des devis réels.
Avec Teams, le raisonnement change. S’il est inclus sans surcoût, l’économie est nulle. S’il est facturé 3,50 € HT par utilisateur, le coût est de 2 520 € HT sur trois ans pour 20 personnes, et Matrix revient 1 825 € plus cher. Dans ce cas, la décision porte sur la maîtrise des données, pas sur le budget.
Ce calcul suppose un serveur dédié à la messagerie. Si l’entreprise héberge déjà des services (fichiers partagés, applications métier, sauvegardes), l’ajout de Matrix n’augmente pas nécessairement ses coûts. Le serveur existant peut l’accueillir, à condition que sa capacité le permette. Dans ces conditions, l’hébergement n’est plus facturé à part. Le nom de domaine peut découler de celui du site web. Le suivi annuel s’intègre au suivi habituel de l’infrastructure, qu’il soit assuré en interne ou par un prestataire d’infogérance. Il ne reste alors que la mise en place, soit 2 500 € sur trois ans au lieu de 4 345 €. L’écart face à Slack Pro atteint 3 440 €, environ 58 % du budget, et la mise en place est amortie en 15 mois environ. Face à un Teams facturé 3,50 € HT par utilisateur, le coût est quasiment équivalent (2 500 € contre 2 520 € HT) et le choix porte encore sur la maîtrise des données.
Avant et après
| Critère | Avant | Après |
|---|---|---|
| Coût | Abonnement par utilisateur | Hébergement fixe et suivi annuel |
| Hébergement | Choisi par l’éditeur | Choisi par l’entreprise, en Europe |
| Historique | Dans l’outil de l’éditeur | Sur le serveur de l’entreprise, sauvegardé |
| Sortie | Export limité, dépendant de l’éditeur | Données récupérables à tout moment |
| Administration | Chez l’éditeur | Console web, une personne référente |
Souveraineté de la messagerie d’équipe et RGPD
Héberger en Europe ne rend pas une entreprise conforme au RGPD à lui seul. Cela supprime en revanche l’exposition au Cloud Act pour le serveur, à condition que l’hébergeur ne soit pas une filiale d’un groupe américain. L’entreprise décide de qui accède aux données, pendant combien de temps elles sont conservées et comment elles sont effacées.
Les salons peuvent être chiffrés : seuls les participants lisent les messages, y compris face à l’administrateur du serveur. Ce chiffrement demande une habitude : chaque utilisateur doit sauvegarder ses clés pour retrouver son historique en changeant d’appareil. Le RGPD reste un travail d’organisation : registre des traitements, durée de conservation et procédure de départ d’un salarié doivent être écrits.
Avec du recul : ce qu’il faut prévoir dès le départ
La technique est la partie la plus simple de ce projet. Les risques viennent surtout de l’organisation.
| Point de vigilance | Si on l’ignore | Parade prévue |
|---|---|---|
| Adoption par les équipes | Retour à l’email ou à des messageries parallèles | Pilote, règles d’usage courtes, session de formation d’une heure |
| Compatibilité externe | Partenaires bloqués, échanges dupliqués | Accès par navigateur, test des appels avec un partenaire avant la bascule |
| Outils connectés (alertes, notifications) | Informations qui n’arrivent plus | Inventaire initial, reconnexion avant la bascule |
| Maintenance | Mises à jour oubliées, sauvegarde jamais testée | Mises à jour automatiques, contrôle annuel de la restauration |
| Dépendance à une personne | Blocage à son départ ou à son absence | Documentation, deuxième personne formée |
Le dernier risque est le plus coûteux. Une messagerie auto-hébergée que seule une personne sait réparer remplace une dépendance à l’éditeur par une dépendance humaine.
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Ce que ça change pour une PME
Dans ce scénario, la PME gagne 1 595 € sur trois ans (scénario de base) et ne paie plus par salarié. Elle choisit aussi où vivent ses échanges et garde un historique qu’elle peut exporter. Le gain réel est la maîtrise : le dirigeant sait ce que coûte sa messagerie, où elle est hébergée et qui peut la réparer.
Matrix mérite une étude sérieuse si
- l’entreprise compte au moins 15 à 20 utilisateurs payants, ou une croissance prévue ;
- les échanges contiennent des informations sensibles (clients, RH, conditions commerciales) ;
- une personne référente et un partenaire pour l’exploitation sont identifiés ;
- une phase de pilote est possible, sans bascule du jour au lendemain ;
- les partenaires externes peuvent rejoindre par navigateur.
Rester sur Slack ou Teams est plus rationnel si
- Teams est déjà inclus sans surcoût et la sensibilité des données est faible ;
- les équipes dépendent d’intégrations propres à l’outil actuel ;
- personne ne peut assurer le suivi, même à raison de quelques heures par an ;
- le coût de la migration dépasse l’économie attendue sur trois ans.
La souveraineté n’a de valeur que si elle reste utilisable
Remplacer Slack ou Teams par Matrix n’a pas de réponse universelle. Pour certaines PME, l’abonnement actuel reste le choix le plus simple. Pour d’autres, le cumul des licences et la sensibilité des échanges rendent une messagerie hébergée sous leur contrôle cohérente sur trois ans.
Si vous hésitez, commencez par un calcul sur 36 mois et une liste des fonctions réellement utilisées. Ces deux documents suffisent souvent à trancher.